Copyright Association SOS PAPA 78 - 2004
Reproduction strictement interdite

www.sos-papa.net

Témoignage n° 37

 

Je suis une maman. Je trouve que votre engagement est assez bon dans l’ensemble puisqu’il protège l’intégrité morale des enfants. Mais j’aimerais vous raconter mon histoire... brièvement. Paradoxalement, c’est un peu le même combat que le votre.

Je suis tombée enceinte d’un homme (29 ans à l’époque) qui ne connaissait rien de l’identité de son père. Sa mère l’a fait toute seule en 1970 et ne lui a jamais rien dit sur son père, se mettant à pleurer dès qu’il osait en parler. Elle s’est ensuite mariée avec un homme qui n’a jamais adopté mon ex-conjoint. Ils ne se sont jamais entendus (leurs relations ont toujours été violentes) et la mère n’a jamais défendu son fils. Bref, une enfance difficile avec une mère un peu " space ".

Quand je l’ai rencontré, il m’a raconté son histoire en me disant que son père ne lui manquait pas, que sa mère lui suffisait et que de toute façon, il ne voulait pas faire de peine à sa mère.

Je ne m’en suis pas mêlée mais je lui ai avoué mon étonnement. J’ai la chance d’avoir des parents unis. Je n’ai pas de préférence pour l’un ou pour l’autre même s’ils ne m’apportent pas la même chose.

Lorsque je suis tombée enceinte, notre relation a totalement dérapé. Il m’a demandé de confier notre enfant le plus possible à sa mère car elle ne l’a pas vraiment élevé pendant ses onze premières années (ses grands parents se sont substitués) et qu’il souhaitait que notre enfant «répare» ce manque. J’ai nettement refusé. Il m’a demandé de me faire avorter. J’ai refusé. On est restés ensemble et pendant toute ma grossesse, j’ai essayé de l’aider à devenir père. Je l’ai soutenu quand il a voulu poser des questions légitimes à sa mère sur son père. Mais pendant cette période, je n’ai malheureusement pas bénéficié du soutien de l’homme dont je portais l’enfant. J’ai beaucoup souffert car ce n’était pas notre famille que l’on construisait, c’était un secret de famille de 30 ans qui rejaillissait avec les douleurs extrèmes qui vont avec.

Bref, j’abrège. Ma belle-mère a finalement donné l’identité du père (après plus d’un an de bras de fer entre le fils et sa mère). Ma fille avait 1 ans et 3 mois quand mon ex-conjoint a téléphoné à son père pour la première fois !

Au bout du fil, l’homme a dit «Jérôme, ça fait 30 ans que j’attends ton appel».

J’ai pensé retrouver la sérénité dans notre famille. Mais, mon ex-belle mère, sentant le danger a réussi à semer le doute dans l’esprit de son fils qui s’est finalement fâché avec son père avant de le rencontrer. Je lui ai dit que je ne comprenais pas pourquoi il ne voulait pas le voir, que c’était son père et donc une partie de lui, que sa mère n’avait pas le droit de lui faire ça.

Je me suis pris un coup de poing dans la cuisine, devant ma fille alors âgée de 18 mois. Je suis partie chez mes parents et on est passés devant le juge.

Aujourd’hui, mon ex-conjoint veut me faire passer pour une hystérique malade qui veut séparer notre fille de son père. J’avoue que je suis perplexe car on le croit un peu partout. En fait, il dissimule l’histoire de sa mère et me fait passer pour un monstre rempli de haine pour sa belle-famille.

Je n’ai pas la même énergie que lui dans cette histoire car je tiens à élever ma fille dans le maximum d’équilibre et je lui consacre beaucoup de temps, la réconfortant sans cesse et ne rabaissant jamais son père.

Je pense qu’il est dépressif et que sa mère l’a littéralement anéanti. Mais si je le laisse faire lui, c’est elle qui gagne encore dans son délire de ne pas parler de son premier amant. En fait, elle n’a jamais pu digérer le fait d’avoir eu un enfant avec un algérien. C’est pour ça qu’elle pousse son fils à m’anéantir, pour que ma fille ne sache rien de ce grand-père algérien, pour perpétrer le mensonge.

2002 - Frédérique B. Paris